Les sommets de Charlevoix

Récit d’une excursion de randonnée pédestre dans l’arrière-pays charlevoisien du 27 octobre au 1er novembre 2020.

Note au lecteur: En cette période pandémique, bien que nous ayons voyagé hors de notre zone, nous avons scrupuleusement respecté les consignes sanitaires en vigueur, en sentier comme en refuge.

Consultez notre « Livre de bord » pour les détails journaliers. Abonnez-vous au blogue ou à la page Facebook Derrière l’horizon pour ne rien manquer.

L’action se passe dans la zec des Martres.

Où, dites-vous ?

Dans l’arrière-pays charlevoisien, au nord du village de Saint-Urbain, la zone d’exploitation contrôlée (zec) des Martres recèle un trésor insoupçonné que sont les sentiers de randonnée journalière gérés par la Traversée de Charlevoix. C’est d’ailleurs de là que part la célèbre Traversée de Charlevoix.

Nous pensions faire une excursion automnale de randonnée en montagne en cette fin d’octobre 2020. Dame nature en décida autrement en nous présentant un climat hivernal, 15 centimètres de neige au sol et des températures sous le point de congélation. Bien équipés, nous étions prêts à cette éventualité.

Notre camp de base se trouve au chalet Jean-Pierre Cadot, à l’extrémité est du Lac à l’Écluse. Mettons tout de suite les choses au clair, d’aucuns le considéreraient plutôt un refuge de luxe, d’autres un chalet rustique. En fait, c’est une cabane en bois rond équipée d’un poêle à bois pour se chauffer. Jusque là, ce serait un refuge. On y a ajouté une plaque de cuisson à deux ronds au propane et de l’éclairage DEL alimenté à l’énergie solaire. Ce luxe lui permet l’appellation chalet rustique. Pas d’eau courante. Toilette sèche à l’écart (et au froid). C’est plus qu’il n’en faut pour se fondre dans la nature sauvage qui nous entoure pour une excursion de rêve, sans communication aucune avec le monde extérieur.

Le chalet J. P. Cadot du lac à l’Écluse, zec des Martres

La boucle Mont du Lac-à-l’Empêche et du Mont Dufour

La montée vers le Mont du Lac-à-l’Empêche et du Mont Dufour s’avère plus laborieuse que prévu. D’abord, nous n’étions pas en mode hivernal. La couche de neige, même mince, recouvre les obstacles du sentier et le rend glissant. Après quelques kilomètres, on se résout à enfiler nos crampons. Le pas devient plus assuré et la vitesse augmente un peu. Partis du bord du lac, nous gagnons en hauteur et nous observons la forêt changer. Elle est de plus en plus clairsemée, les épinettes sont trapues. Le paysage se découvre et les montagnes se dressent devant nous. Sur ces sommets rocheux dépourvus de végétation, ce sont les cairns qui nous guident. Du haut du Mont Dufour, qui culmine à 980 mètres d’altitude, la vue sur 360 degrés nous permet d’admirer l’astroblème de Charlevoix. Que des montagnes et des lacs enclavés. Comme une feuille de papier chiffonnée. Le spectacle est saisissant. Nous n’avions encore rien vu de tel au Québec. Le vent souffle fort, la neige forme des lames épaisses. On se croirait en janvier. Seuls au monde en cette journée, enfin presque, nous n’avons croisé qu’un couple de randonneurs.

Vue du Mont du Lac-à-l’Empêche

Le sentier du Cadot, du Lac-à-la-Main, du Button

Le jour se lève sur un Lac à l’Écluse gelé. La nuit a été froide. Une attisée dans le poêle à bois nous fait du bien. Nous sommes le 28 octobre tout de même.

Le sentier débute en face de notre camp de base. Le vent s’est calmé et la journée s’annonce agréable d’autant que notre randonnée sera plus courte qu’hier. Nous sommes au cœur de la forêt boréale, la taïga. Les bosquets de thé du Labrador, ou est-ce du kalmia, les deux se ressemblent, sont nombreux et le sentier se fait le plus étroit possible, à peine suffisant pour une paire de bottes, pour ne pas trop endommager cette végétation fragile. Il est bien tracé, merci aux gens de la Traversée de Charlevoix qui en prennent soin. La neige a recouvert le lichen qui lui, est très sensible au passage des bipèdes que nous sommes. Les sommets offrent des points de vue remarquables sur le lac à l’Écluse, le lac à la Main et les montagnes environnantes.

Le sentier se fraie un chemin parmi le thé du Labrador
Le lac à l’Écluse vu du sentier du Cadot

Nous sommes encore seuls au monde, sans autre bruit que celui de nos pas. En fait, pas si seuls que ça si l’on en croit les nombreuses pistes que les lièvres, mulots, chevreuils et autres quadrupèdes aux pattes impressionnantes laissent dans la couche de neige fraîche.

Nous ne sommes pas seuls !

Tout en douceur qu’il était au départ, le sentier se corse au niveau du lac à la Main et s’embourbe d’obstacles et de troncs d’arbres. Il devient aussi plus technique dans l’ascension du sommet du Button qui monte ‘comme dans la face d’un singe’. Nous pouvons y admirer le Mont du Dôme qui trône derrière le lac du Gros-Ruisseau.

Vue sur le lac du Gros-Ruisseau et le Mont du Dôme

Le sentier des Sommets

En ce 29 octobre 2020, le temps est gris, la température est douce à -3 degrés, le lac à l’Écluse toujours recouvert de glace et de neige. Le sentier nous mènera vers trois sommets entre le lac à l’Écluse et le lac Favre: Le Pic des Aigles, le Sommet de la Grive et le Mont du Lac-à-l’Écluse. De loin, ces sommets semblent inatteignables tant  leurs versants sont à pic. Le sentier trouve le moyen de nous y conduire sans trop de difficulté. Des hauteurs, on ne voit que des montagnes, des lacs et une forêt qui s’étend à perte de vue. Aucun signe de la présence humaine, si ce n’est que les sentiers et leurs balises jaune et vert. On ne cesse de s’émerveiller devant tant de beauté sauvage.

Il semble que le sentier vers le lac Favre soit ardu (lire les petits caractères) !

Plusieurs sections du sentier remontent de petits cours d’eau, il faut prendre garde de ne pas se mouiller les pieds. La neige colle sous les crampons. A force de regarder où mettre les pieds, nous manquons une balise qui indique un virage.

  • « Me semble qu’on n’a pas vu de balises depuis un certain temps », me dit mon Amoureuse.
  • « C’est bien vrai ça mais on a l’air d’être toujours sur le sentier. Je vérifie notre position sur le GPS. »

En effet, nous sommes hors parcours et presque rendus au Lac Prime. Il faut rebrousser chemin.

Le Pic des Aigles trône au sommet de la paroi rocheuse que nous voyions du chalet de l’autre côté du lac. La vue est saisissante avec les lames de neige qui forment des zébrures sur la surface gelée du lac.

Vue 360 degrés à partir du Pic-des-Aigles
Le lac à L’Écluse, vu du sommet du Pic-des-Aigles
Le Pic-des-Aigles vu du bord du lac à L’Écluse, près du chalet J. P. Cadot

Le sentier des Sommets est peut-être notre coup de cœur de cette excursion dans la zec des Martres par ses nombreux points de vue.

Le sentier du Pioui et le Mont-du-Lac-des-Cygnes

Nous quittons la zec des Martres pour établir notre camp de base au Camping Le Génévrier de Baie-Saint-Paul, où nous avons loué un petit chalet. Après une journée de repos, nous entamons la deuxième partie de notre excursion par une randonnée au Parc National des Grands-Jardins.

Le sentier du Pioui est, comme le mentionne la carte du parc, rustique. Nous y reviendrons. Le temps est superbe, le ciel est dégagé et le mercure avoisine le point de congélation. La montée est graduelle vers le Mont de l’Ours en passant par le lac du Pioui. Les points de vue sont beaux mais pas aussi impressionnants que les précédents jours.  Peut-être avons-nous été gâtés dans la zec des Martres. Il faut dire que le parc se situe tout en bordure de l’astroblème de Charlevoix. D’un côté les montagnes que nous avons randonnées, de l’autre, le relief plus plat où se trouvent Baie-Saint-Paul et La-Malbaie. Se dirigeant vers le Mont du Lac-des-Cygnes, le sentier se ‘civilise’. Les escaliers et les trottoirs de bois sont nombreux. Françoise a bien compté 330 marches. La montée finale vers le Mont du Lac-des-Cygnes est achalandée et nous sommes nombreux à faire la pause au sommet. Le retour vers la centre de services se fait sur un chemin large et aplani qui serpente dans la descente. Nous prenons alors la mesure de ce que signifie rustique. Nous regrettons alors ne pas être retournés par le sentier Pioui. Tout cet aménagement, bien que compréhensible vue la grande quantité de gens qui fréquentent le parc, nous laisse songeurs. Nous préférons la nature brute et sauvage. La journée est si belle que nous décidons de faire un détour par La Chouenne, un sentier qui mène vers un magnifique point de vue sur la vallée du Gros-Bras.

Le Mont des Morios

Nous ne voulions pas quitter la région de Charlevoix sans aller gravir le Mont des Morios. Juste le nom est évocateur, il semble si exotique. Il faut dire qu’il n’est pas des plus accessible. On s’y rend par le village de Saint-Aimé-des-Lacs. Il faut avoir acheté son droit d’accès au préalable car il n’y a pas d’accueil au départ des sentiers. Tout au plus, un stationnement, une toilette sèche et une flèche qui indique le départ du sentier. Pas même une carte ou un mot de bienvenue. Il vaut mieux s’informer au préalable des conditions de sentiers et se munir d’une carte des sentiers disponible en ligne.

Une fois franchis les premiers kilomètres sur un chemin forestier, nous commençons la montée. Le sentier est bien visible mais les balises peu nombreuses. Plusieurs sections sont glacées et les crampons s’avèrent nécessaires. Nous ne nous sommes pas laissés impressionner par le nom du sentier L’Expert que nous empruntons à l’aller. Il est à pic et ne donne pas de répit sur toute sa longueur. La glace est omniprésente et certaines sections comportent même une corde pour aider à l’ascension.

Nous arrivons au sommet de l’Expert sur un plateau rocheux dégarni et c’est là que l’aventure commence réellement. Un sentier nous mène vers le sommet du plateau. Un peu difficile à suivre à cause de la neige qui recouvre le sol, il est parfois difficile de ne pas piétiner les quelques bosquets de thé du labrador et le lichen sous-jacent. Des cairns disposés çà et là nous guident vers le pic de roche ultime. Le vent souffle et nous avons comme une impression d’être des aventuriers des grands espaces. Une impression de victoire nous envahit et c’est une fois franchie la passerelle au dessus d’une crevasse que nous exaltons les bras levés au ciel. Une fois au sommet, la vue est splendide, comme nous l’avions observée quelques jours auparavant. Les yeux fermés, on se croirait en Terre-du-Milieu en direction du Mordor pour aller détruire l’Anneau Unique. Le retour par le sentier du Gros-Mont nous permet de revenir de nos émotions et d’admirer de superbes murs de glace colorée. D’ailleurs, redescendre par le sentier L’Expert n’aurait pas été agréable, voire dangereux, dans ces conditions glacées.

L’approche du sommet du Mont des Morios
On y est presque. Surtout, ne pas regarder en bas !

L’exaltation se voit, une forte émotion accompagne cet accomplissement

Murs de glace sur le sentier du Gros-Mont, de retour du Mont-des-Morios

Au fait, vous savez pourquoi ce mont s’appelle ainsi ? Le morio est un papillon brun qui abonde dans cette forêt. Il hiberne à l’âge adulte. Il est fait fort comme on dit. On lui a dédié cette montagne.

Repères

Pour plus d’information sur la Traversée de Charlevoix et ses randonnées journalières:

https://www.traverseedecharlevoix.qc.ca/

Pour plus d’information sur le Mont des Morios:

https://www.association-pieddesmonts.com/

Pour plus d’information sur la zec des Martres:

Accueil

Nos randonnées (avec tracés GPX):

Sentier du Mont du Lac-à-l’Empêche et du Mont-Dufour, zec des Martres (GPX) :

Note: les couleurs varient en fonction de l’élévation

Sentier du Cadot, Lac-à-la-Main et Button, zec des Martres (GPX) :

Note: les couleurs varient en fonction de l’élévation

Sentier des Sommets, zec des Martres (GPX) :

Note: les couleurs varient en fonction de l’élévation

Sentier du Mont du lac-des-Cygnes, Parc National des Grands-Jardins (GPX) :

Note: les couleurs varient en fonction de l’élévation

Mont des Morios (GPX) :

Note: les couleurs varient en fonction de l’élévation

9 réflexions sur “Les sommets de Charlevoix

  1. haiticosti

    Merci pour le brillant compte-rendu. J’ai appris l’existence de l’astroblème de Charlevoix ainsi que de la côte de l’Enfant de Chienne… hihihi Génial de voir les zébrures de la neige sur le lac. Vous êtes de vrais explorateurs, vous m’épatez, Bravo !

    Aimé par 2 personnes

  2. Johanne Boies

    Vous êtes courageux, vous êtes audacieux, vous êtes mes idoles. Merci pour ce beau récit et bravo pour ce nouveau défi réalisé ✅. Je souris quand Françoise réalise qu’il n’y a plus de balise…  « Une chance qu’il t’a » dirait Jean-Pierre 🎶. Bisous à vous deux 😘.

    Aimé par 2 personnes

  3. Linda

    Grâce à Denis j’ai pu lire votre super récit..tout une périple pour moi qui s’en tient aux monts St- Hilaire st Bruno et st Grégoire…certes le bon ou la bonne partenaire vient aussi ajouter au plaisir de la découverte de cette région merci de partager

    Aimé par 2 personnes

    1. Robert de l'Etoile

      Merci Linda, nous aimons beaucoup randonner en couple, c’est vrai, et plus sécuritaire aussi dans les secteurs isolés comme ceux de Charlevoix. Nous allons souvent à St-Hilaire, c’est un très bon entraînement.

      Robert

      Aimé par 1 personne

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